Les orphelins du Poopó

Récits d’un lac disparu
La disparition du lac Poopó (autrefois le deuxième plus grand lac de Bolivie) au cours des deux dernières décennies représente bien plus qu’une autre catastrophe écologique. Son rétrécissement progressif a eu de graves répercussions sur le climat régional, l’agriculture et les économies locales, ainsi que sur les populations. A bien des égards, son destin est une métaphore de nos attitudes vis-à-vis de l’environnement et du conflit entre l’homme et la nature. Cette sélection de photographies d’Émilien BUFFARD, accompagnées d’un essai graphique d’Angie STRAPPA, entend rendre compte de cette réalité et nourrir la réflexion qu’en tant qu’habitants de cette planète, notre seule demeure, nous devons continuer à explorer ces questions.
Le travail documentaire proposé dans cette exposition visuelle explore l’héritage des orphelins du Poopó. Villages abandonnés. Migration forcée. Des bateaux attaqués par le temps. Des oiseaux qui ne viennent plus. Le reflet de ses habitants qui s’efface.
Animés par le désir de retenir ce qui est voué à disparaître, de témoigner de l’absence, de mobiliser la photographie dans une imagination qui restitue à nouveau ce qui a été perdu, les auteurs de cette chronique visuelle ont essayé de convertir en images la poésie des mots. Ceux des souvenirs de René, un ancien pêcheur du lac Poopó, qui n’abandonne pas ses mémoires face au défi de s’incliner devant une réalité qui le confronte à accepter une nouvelle vie d’isolement, celle d’un individu séparé par la force de son environnement habituel.
Ces images, réhaussées par des graphismes en noir et blanc d’Angie STRAPPA, qui visent à combler un vide laissé par la disparition du lac, offrent une esquisse de la vie du Poopó, une fiction pour explorer l’illusion, l’opposition et l’absence. Les rives qui s’éloignent constamment, la végétation qui disparaît et la faune qui s’enfuit, laissant derrière un désert de sable et de sel qui reflète les souvenirs des pêcheurs, d’une beauté tragique à laquelle il est difficile d’échapper. Un jour, ce lac sur lequel ils sont nés n’existera que dans leur mémoire, comme un lieu irréel.